LA MEDITATION

Se poser ici et maintenant avec attention et bienveillance, devenir témoin, accueillir, « apprendre à retrouver un état de présence quelles que soient les circonstances », apprendre à cultiver le geste conscient, s’ouvrir à la vie et aux possibles.

« La méditation assise, silencieuse et sans objet, est un exercice indissolublement spirituel et corporel. Cette pratique, qui vient de l’Inde et du fond des âges, se retrouve dans toutes les spiritualités asiatiques. On peut y voir le legs du yoga à l’Orient, puis, de plus en plus, à l’humanité.

La méditation reproduit aussi la posture inaugurale du Bouddha : assis en tailleur, le dos droit, les yeux mi-clos. C’est une position de confort, mais aussi d’exigence, de rigueur, de dignité : le contraire de la prosternation, qui veut s’humilier, et de l’avachissement, qui se laisse aller. Rectitude du dos et de l’esprit, immobilité, silence, attention.

Attention à quoi ? Au corps, à la posture, au souffle, à l’attention elle-même qui ne cesse de se relâcher, de s’échapper. C’est jouer la respiration contre le mental, l’immobilité du corps contre l’agitation de l’âme, l’attention contre l’emportement.

Pourquoi méditer ? D’abord pour la méditation elle-même. Attention de ne pas trop en attendre ! La banalité fait partie de l’exercice, comme sa répétition. C’est le contraire d’un miracle : juste un peu de réel à l’état pur, juste quelques instants de vie contemplés attentivement.

Méditer, c’est s’efforcer de rester attentif, ici et maintenant, au présent qui passe et demeure, qui dure et qui change : c’est s’offrir quelques minutes de présent vrai, d’impermanence et d’éternité, de simplicité, de vacuité, parfois de plénitude. C’est faire en soi une espèce de vide, d’ouverture. C’est le contraire de l’introspection : s’ouvrir à tout plutôt que se regarder le nombril. Le contraire aussi du divertissement, de la verbalisation. C’est ralentir le mental, suspendre la pensée, faire taire, au moins quelques instants le bavardage intérieur.

Comment ? En étant attentif à ses sensations plutôt qu’à ses pensées, à sa respiration plutôt qu’à sa réflexion, à son corps plutôt qu’à son mental.

Quand les idées surviennent, on les accepte sans les juger et sans les suivre, on les regarde se dissiper comme des nuages dans le ciel de la conscience. Puis on revient au corps, au souffle, au présent. C’est comme un repos en acte. C’est ne rien faire mais à fond. Prendre le temps de respirer, de vivre, de sentir.

La méditation vide la tête et fait du bien à l’âme : c’est comme une douche de silence. Il ne s’agit que d’être présent, le plus consciemment qu’on peut, à ce qui se passe et demeure, qui est le présent même. »

André Comte-Sponville, Dictionnaire philosophique

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